04
2010
Interview de Geneviève Férone, Directrice Développement durable, Veolia Environnement
Depuis 2008, Geneviève Férone est Directrice Développement durable de Veolia Environnement. Après ses études en Droit international, Geneviève Férone a intégré les Nations Unies pour traiter de sujets liés à l’environnement, l’énergie et les droits de l’homme. Après cette expérience, Geneviève Férone s’est orientée dans l’investissement socialement responsable, et a créé ARESE, la première agence française de notation ISR.
Dans son livre 2030 : Le Krach écologique, Geneviève Férone dresse un constat sur notre société et les enjeux de demain. Le changement climatique, la crise énergétique, la croissance démographique atteindront leur paroxysme en 2030 avec de grandes conséquences dans les modes de vie futures.
Graine de Sésame : Deux années se sont écoulées depuis la parution de votre livre,  Au jour d’aujourd’hui après le Grenelle de l’Environnement et Copenhague, avez-vous le même constat ou avez-vous noté des améliorations?
Geneviève Férone: En deux ans, les choses n’ont pas changé. Néanmoins, il y a eu une amélioration fragile sur la prise de conscience de l’opinion publique.
GdS: Vous dites « Fragile », est-ce à cause du semi-échec de Copenhague ?
Geneviève Férone: L’objectif de Copenhague était que tous les Etats s’entendent sur le seuil de tolérance des deux degrés d’augmentation globale. Les Etats devaient agir et s’accorder pour parvenir à ce résultat. C’est la première fois que nous avions une telle participation des chefs d’Etats. Nous avons dramatisé l’événement, en partie à cause de sa sur-médiatisation. Copenhague s’est transformé en une sorte de télé réalité. Avant, pendant et après le Sommet, les médias faisaient le point quotidiennement.  Les médias ont eu un rôle dangereux. Ils ont amplifié l’attente. Ils ont créé, indirectement, un climat de tension. Cette couverture médiatique est assez nouvelle en termes d’images et de résultats. Par ricochet, cette sur-médiatisation a permis la résurgence des messages climato-sceptiques.
Dans votre livre, vous dites que nous sommes schizophrènes, que nous savons qu’il y a danger mais nous n’y prêtons pas assez attention. Est-ce encore le cas aujourd’hui ?
Geneviève Férone: Effectivement, nous sommes toujours. On pense encore les technologies vont suffire pour répondre aux enjeux du réchauffement climatique sans trop interroger nos modes de vie.

Les messages alarmistes sont-ils une solution ?Que faut-il faire pour que tous les citoyens soient sensibles au développement durable ?
Geneviève Férone: Les messages alarmistes ne fonctionnent pas car on est dans l’incapacité de se projeter dans quelque chose de différent et d’incertain. Nous sommes très ancrés dans le quotidien et l’on ne voit pas les signaux qui apparaissent car cela se passe loin de chez nous. Les catastrophes qui ont lieu au Bangladesh ou dans les pays du Sud, c’est trop loin pour nous. On est victime du syndrome « oui, mais ça ne veut rien dire ». C’est dur à dire, mais il faudrait qu’il se passe aux Etats-Unis ou en Chine quelque chose de brutal pour que l’instinct de survie soit déclenché.
En considération des avancées technologiques et de la prise en considération des enjeux liés au développement durable, est-ce que 2030 reste une date inévitable, l’échéance peut-elle avancer ou reculer ?
Geneviève Férone: L’année 2030 reste inévitable, les technologies propres ne sont pas pour tout le monde, elles concernent les pays industriels et émergents. Pour l’instant, il n’y a pas d’énergies propres et durables à grande échelle.
Dans votre livre, vous évoquiez le rôle de la démographie et ses conséquences dans le développement durable. Comment peut-on gérer ce flux ?
Geneviève Férone: La démographie est un sujet très tabou, de plus, elle revêt un aspect culturel. Avoir le pouvoir de procréer est la dernière liberté de l’homme lorsqu’on lui ôte toute liberté. Il fait, donc, partie de la souveraineté d’un Etat. Aucun pays ne peut imposer une politique de natalité chez son voisin.
En 2030, nous serons 7 milliards et 9 milliards en 2050. Toutefois, les taux de natalité vont s’assagir dans 40 ans.

Pour éviter l’ingérence d’un Etat sur la politique intérieure d’un autre en matière démographique et écologique, il faut passer par la gouvernance mondiale…
Geneviève Férone: On est dans un période où il faut s’aligner avec les autres pour réduire son empreinte écologique. Il faut s’entendre sur la gouvernance mondiale et trouver un modèle économique pour moins puiser les ressources naturelles. Il faut inciter les Etats à agir.
En l’absence d’initiatives des Etats, les entreprises peuvent-elles se réunir et s’imposer des objectifs ?
Geneviève Férone: Les entreprises agissent si elles y trouvent des intérêts à court terme. Pour que les entreprises agissent, le cadre doit être clair et défini. Or pour le moment, il y a une volatilité réglementaire qui freine les entreprises dans leur choix d’orientation et d’investissement.
Prenons le cas de la voiture électrique, la demande a précédé l’offre. Du coup, les entreprises sont passées à côté d’une opportunité. Autre effet inverse, les bâtiments à basse consommation représentent des économies à long terme pour les ménages mais son acquisition coûte de 10 à 15% plus cher par m².
C’est aux Etats d’agir. Les Etats doivent mettre en place un cadre réglementaire et des incitations fiscales pour promouvoir ces types de démarches.
L’après 2030 fera place à une nouvelle civilisation, quelle serait cette nouvelle civilisation ?
Geneviève Férone: Les ressources sont de plus en plus rares, la biodiversité s’érode, et avec toutes les avancées technologiques, nous ne pouvons pas revenir en arrière. Nous conjuguerons connaissances scientifiques, absence de gouvernance mondiale. L’homme aura acquis des possibilités de dépassement. Deux scenarii sont possibles :
Premier scenario : on s’oriente vers une société de moins en moins carbonée, une société métissée, avec des flux migratoires sans précédents et des moyens de communication multiples. Ces dimensions accroitre la sensibilité politique des citoyens. Les empreintes carbones seront individualisées et ajustées. Ceci est la vision la plus optimiste du post-2030.
Le second: Les technologies ne sont pas au rendez-vous et le partage des ressources est inéquitable. Il y aura une rupture des partages des ressources et de l’accès aux technologies. Les villes seront gangrénées et connaîtront des poussées de violence.  Les problèmes de sécurité alimentaire vont s’aggraver. De plus en plus de sols ne seront pas disponibles. L’on vivra une concurrence des usages du sol: l’habitation, l’exploitation énergétique, les infrastructures, l’agriculture, la biodiversité.  Face à ce contexte, le métabolisme humain devra s’adapter et se transformer.
Dans le secteur de l’environnement, on a l’impression que la réponse aux problèmes environnementaux passe exclusivement par de l’innovation technologique. Veolia est-elle dans cette posture ?
Geneviève Férone: Les entreprises, qui valorisent l’innovation technologique comme étant la seule solution contre le changement climatique, sont souvent dirigées par des ingénieurs. Quant à Veolia, nous nous privilégions les modèles de l’économie circulaire. Cette économie fonctionne sous forme de boucle, les ressources peuvent être recyclées et réutilisées dans une économie locale.

Veolia Environnement travaille avec des ingénieurs, des juristes, des sociologues, des économistes, des urbanistes, etc. pour établir, là où nous sommes installés, des modèles d’économie circulaire et solidaire. Nous apportons des réponses techniques tout en mutualisant nos connaissances. Veolia intervient dans quatre domaines : la gestion des déchets, les transports, l’eau et l’énergie. Tous ces flux sont essentiels à la vie. Ils forment un métabolisme. Si un des quatre vient à maquer : la vie s’arrête. Alors, Veolia travaille sur l’intégration et la valorisation positive de ces flux entre eux.
Imprimer cet article













