03
2010
Interview Stéphanie Savel, Cofondatrice d’ASG et membre de DD IDF (Business Angel DD)
Stéphanie Savel a créé son agence de conseil en 1996, spécialisée en théâtragogie. Parallèlement à ses activités professionnelles, Stéphanie Savel est déléguée générale de l’association DD IDF (premier Business Angel dédié au développement durable).
Actrice chevronnée du développement durable, elle nous explique ce qu’est le concept de théâtragogie puis la semaine prochaine elle nous présentera DD IDF.
Graine de Sésame : Pouvez-vous nous présenter les actions d’ASG ?
Stéphanie Savel: En 1996, ASG délivrait des conseils aux entreprises sur une problématique bien précise : l’aménagement du temps de travail. Dès le départ, nous avions eu l’idée de monter des pièces de théâtre, ce qui était pour nous un meilleur moyen d’aborder des questions sérieuses de façon décalée. Par ce biais, nous avons élargi notre champ d’interventions aux questions de société ayant un impact sur le monde du travail.
Nos pièces de théâtre tournent autour quatre grands thèmes : le stress (une pièce sur le harcèlement moral existe depuis 2000), le développement durable et la responsabilité sociale, l’équilibre vie privée/vie professionnelle et la diversité.
Vous faites de la théâtragogie, est-ce un mot qui existe dans le dictionnaire ? Est-ce vous qui avez créé ce concept ?
C’est un concept inventé par nous. Il résulte de la contraction des mots théâtre et pédagogie. Ce que nous proposons est différent du théâtre d’entreprise. Les objectifs de la théâtragogie sont à la fois de susciter le questionnement et de former le spectateur au thème développé par la pièce. Contrairement au théâtre d’entreprise, la théâtragogie montre la complexité du sujet pour valoriser la diversité idéologique et de réactions.

Quelle est la valeur ajoutée de la théâtragogie dans la façon de jouer et d’écrire les pièces ?
Avec des outils de communication classique (tract, journal interne, etc.), il est difficile de sensibiliser le public et de montrer les multiples possibilités de réactions, face aux problèmes de discrimination ou de harcèlement moral. Nos pièces de théâtre mettent en scène des personnes proches de la réalité. Pour éviter toute manipulation, les personnages n’ont pas d’avis très tranché sur le thème abordé. Par exemple, pour notre pièce sur la discrimination, la crainte était de tomber dans le manichéisme, alors nous l’avons mise sous forme de sketch. L’humour nous permet de mettre les pieds dans le plat.
De plus, le théâtre pédagogique nous donne la possibilité d’être indépendants et libres et ainsi de nous abstenir de transmettre des messages de l’entreprise.
Vous n’êtes pas « metteur en scène » de profession, comment parvenez-vous, donc, à écrire ces pièces ?
Sur le plan théorique, pour faire du théâtre pédagogique, nous nous devons d’avoir une écriture précise, ce qui nécessite un important travail de recherche en amont. En 2002, lorsque nous avons écrit Partie prenante, en amont nous avions lu beaucoup de livres sur le développement durable. Nous avons exploré toutes les dimensions de cette notion : politique, économique, sociologique, internationale (rapport Nord/Sud) etc. Nous avons écrit une pièce de théâtre dans l’objectif de susciter la curiosité et le questionnement chez le spectateur.
Nous avons, également, procédé à de nombreuses interviews afin d’acquérir une expertise sur la question et de nous lancer dans le travail d’écriture.
Les salariés d’Henkel ont récemment monté une comédie musicale. Ils ont été actifs dans le travail d’écriture, dans l’organisation du spectacle et ont directement joué cette comédie. Est ce qu’ASG, fait directement participer les salariés dans la représentation d’une de vos pièces ?
Nous ne faisons pas intervenir les salariés, car la pédagogie est précise et les personnes ont des personnalités complexes. AGS, au fil des temps, s’est constitué une troupe composée de douze comédiens. Toutefois, les spectateurs sont impliqués dans les modules pédagogiques organisés autour de la pièce. Ces modules sont des ateliers, des mises en situation, des débats où l’on en appelle à l’émotion des gens.
Les spectateurs prennent-ils la parole au moment de débattre ? Sont-ils réactifs ? Que relèvent-ils ?
Nos pièces durent un quart d’heure. Immédiatement après, il y a toujours un débat pour favoriser l’échange de points de vue des spectateurs. Souvent, les spectateurs nous posent des questions de connaissance ou nous communiquent leur propre appréciation sur le sujet abordé par la pièce. Les interventions sont d’ordre politique.

Et ils s’expriment en toute liberté…
Oui, car toutes leurs interventions sont fondées sur les suggestions apportées par la pièce.
Que faites-vous des remarques apportées par votre public lors du débat et des ateliers ? Ecrivez-vous un rapport sur le ressenti des salariés/spectateurs aux différents directions ?
Nous adaptons une approche globale : nous jouons la pièce, nous pratiquons le débat et généralement, notre travail s’arrête là . La suite appartient à d’autres acteurs spécialisés dans le conseil. Nous faisons un travail de prévention, mais nous pouvons aller plus loin dans l’accompagnement de l’entreprise : constituer des chartes, des plans d’actions, etc.
Nous sommes dans l’optique de mobiliser le public, pour déclencher les choses et faire évoluer les modes de pensées sur les problèmes de discrimination, de harcèlement moral ou du développement durable.
Quel est votre public ? Est-ce exclusivement réservé aux salariés d’entreprises ?
Toutes nos pièces sont adressées à tout type de spectateur. Par exemple, notre pièce Agenda 21 sur le développement durable a été commandée par des collectivités locales pour leurs habitants. La majeure partie du temps, nous jouons pour des salariés et des agents/fonctionnaires territoriaux.
La semaine prochaine, la suite…
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