07
2010
Les compagnies aériennes s’engagent pour un ciel plus vert
Miracle de voir s’élever noblement un avion dans le ciel, miracle de voir le géant d’acier s’élancer dans les airs… un miracle devenu nécessité pour des millions de passagers qui se déplacent d’un bout à l’autre du monde, mais dont on connait désormais le coût environnemental exorbitant. Face à ce constat, les compagnies aériennes sont mises au défi : comment réinventer un transport aérien plus neutre pour la planète ?
Une nécessaire adaptation
L’image du transport aérien a souffert de l’émergence des préoccupations écologiques. Il est désormais connu comme étant le mode de transport le plus polluant de tous, plus polluant encore que la voiture, déjà très stigmatisée…
Devant ce changement de donne, la réaction des compagnies aériennes peut justement être comparée à l’un de ces décollages de gros porteurs : s’il semble que rien ne bouge au départ, un peu de patience permet finalement d’apprécier la mise en mouvement d’un réel mastodonte. Ainsi les efforts que déploient les compagnies pour amoindrir le bilan carbone de leurs vols ont peut-être tardé, mais pourraient, au final, impressionner par leur ampleur.
Ballon d’essai pour l’éco-pilotage
Le 6 avril dernier Air France a effectué son premier vol « vert » entre Paris et Miami. En traquant tous les facteurs possibles de consommation d’énergie au cours du vol, Air France est parvenue à réduire les émissions de CO2 de 9 à 6 tonnes, et à diminuer la consommation de kérosène de presque 3 tonnes.
L’optimisation du mode de pilotage est à la clé de ce résultat. En privilégiant une montée graduelle de l’avion lors des premières minutes de vol, et une descente en continue à l’atterrissage, le pilote évite les à -coups énergétiques de la montée ou de la descente « par paliers ». De même un système très pointu de radars peut permettre à l’avion d’optimiser son vol en fonction des vents, et de tirer avantage des conditions atmosphériques. Généralisée à l’ensemble des vols long-courriers d’Air France vers le continent américain, cette méthode d’éco-pilotage entraînerait une réduction des émissions de CO2 de 135 000 tonnes par an et une économie de carburant approchant les 45 000 tonnes.
Cet essai, réalisé dans le cadre du programme de coopération AIRE (Atlantic Interoperability Initiative to reduce Emissions) entre l’Union Européenne et la FAA (Contrôle aérien américain), témoigne du volontarisme croissant des grandes compagnies occidentales pour réduire leur empreinte carbone.
Trois leviers d’action pour les compagnies aériennes
Ce volontarisme peut s’appuyer sur trois leviers d’action, reflétant le niveau d’engagement des compagnies aériennes en faveur du développement durable :
1. L’information. Ce levier d’action n’a pas d’impact direct sur le bilan carbone du transport aérien mais relève tout de même du grand principe de « transparence » promu dans le cadre du développement durable. Ainsi la compagnie Transavia informe ses passagers avant et pendant le vol sur la consommation de carburant.
2. La compensation. Les compagnies aériennes sont aussi de plus en plus nombreuses à proposer aux citoyens de compenser l’impact environnemental de leur voyage. Air France soutient ainsi les projets de l’association GoodPlanet, et invite ses clients à contribuer aux actions menées par cette association en compensation de leur voyage (fabrication de charbon vert au Sénégal, diffusion de réservoirs à biogaz en Chine).
3. L’innovation. Si les leviers d’action précédents permettent d’amoindrir, à la marge, l’impact négatif du transport aérien, c’est par l’innovation technologique que cet impact pourra être véritablement diminué. Le vol d’avion alimenté par des biocarburants (voir notre article sur British Airways), l’expérimentation de techniques d’éco-pilotage, sont autant de pistes de progrès très encourageantes pour réduire le bilan carbone du transport aérien.
La vertu pénalisée ?
Ce sont pour l’instant les compagnies européennes et américaines qui se sont distinguées par leurs efforts. Or la Commission européenne prévoit qu’en 2012, le transport aérien intégrera à son tour le grand système d’échange de permis d’émissions de CO2. Les compagnies européennes devront alors assumer les coûts supplémentaires liés au niveau actuel de leurs émissions, tout en continuant à financer de nouvelles pistes de recherche pour réduire leurs émissions dans le futur. La Commission Européenne espère ainsi favoriser l’adaptation du transport aérien au développement durable, en rendant le coût de la pollution plus élevé.
Si le système semble juste au sein du périmètre européen, il pourrait nuire à la compétitivité des compagnies européennes pour les vols internationaux. Les « moutons noirs » du transport aérien – les compagnies ne faisant pas d’effort environnemental- profiteraient alors de cette distorsion de la concurrence. En ne jouant pas le jeu du progrès environnemental, et en n’assumant pas son coût, elles pourraient fausser la logique de cercle vertueux qu’essaie d’activer la Commission Européenne.
Les avancées juridiques, ou les prouesses technologiques (à l’heure où Solar Impulse, le premier prototype d’avion solaire vient de réussir un vol de 26h non stop), tous les signaux semblent « au vert » pour une évolution plus durable du transport aérien. Seule la faible régulation mondiale de ce marché pourrait encore freiner cette mutation rendue indispensable par l’urgence climatique et environnementale.
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